Une colline hantée en Floride

Publié le par Lavoine kathia

par I. Ziegler et J.P. Thomas (d’après le Skeptical Inquirer) - SPS n° 198, juillet-août 1992

 

"Sur cette route en pente, les voitures, les oranges, les ballons laissés à eux-mêmes remontent spontanément la côte, sous l’effet d’une mystérieuse anomalie gravitionnelle." Ce genre de phénomène paranormal est repris de temps à autre par un magazine à sensation ou par une émission de l’audiovisuel. Seul le lieu du miracle varie, pour qu’on ait pas l’air de reprendre une histoire déjà usée.

Il y a quelques années, un journaliste sceptique en a fait un poisson d’avril. Il a situé le miracle sur une route bien connue de la côte d’Azur. Avec l’idée de faire sourire les lecteurs. Le résultat a été très différent de ce qu’il attendait. Il a reçu plusieurs lettres dont les auteurs attestaient la réalité du phénomène. Ils avaient même tenté de descendre la côte en roue libre, moteur arrêté. La voiture avait tendance à repartir en arrière, remontant la côte. Formidable !

Spook Hill se trouve dans la rue principale de Lake Wales, une ville du centre de la Floride. Vue d’une de ses extrémités, cette voie donne l’impression de descendre en pente douce, avant de remonter brusquement. Sur place, des panneaux proposent aux conducteurs d’arriver jusqu’au point le plus "bas" de la pente douce, et là d’arrêter le moteur en laissant la voiture au point mort. Elle se met alors à reculer, remontant la pente qu’elle vient de descendre.

L’illusion est frappante. Connue depuis longtemps, elle attire les visiteurs. En fait c’est la disposition de l’environnement, combinée avec un petit virage de la route, qui trompe l’observateur. Vu perpendiculairement, sous un angle différent, le prétendu "point le plus bas" se trouve plus haut que la route qui l’y mène en pente douce, avant de tourner un peu et de prendre une pente plus accentuée. Si on laisse là une voiture à elle-même, elle va redescendre tout naturellement à reculons, sans aucune intervention d’une force mystérieuse. C’est ce qu’explique dans le Skeptical Inquirer un informaticien nommé Guss Wilder, tout en s’étonnant que le reporter du Wall Street Journal, R. Johnson, se soit laissé berner de cette façon. Ou bien n’a-t-il connu cette histoire que de seconde main, comme c’est souvent le cas pour dans ce genre d’affaire ?

Ce n’est pas tout. Si l’on en croit Johnson, un autre reporter a exploré le site avec un niveau de maçon (règle métallique portant un tube plein d’eau avec une bulle d’air dont la positon indique la pente). Il aurait ainsi vérifié que dans la première partie de la route, celle-ci descend jusqu’au fameux point déclive, avant de remonter. C’est ici que les choses se compliquent. Si le niveau indique que la rue est en pente descendante, c’est que l’eau qu’elle contient est attirée vers le bas par la gravité. Or d’après le même reporter, les voitures abandonnées là (ou n’importe quel objet déposé sur la chaussée, une orange par exemple) seraient attirées en sens opposé, vers le haut de la prétendue pente, par la mystérieuse "anomalie gravitationnelle". Comment expliquer alors que l’eau du niveau ne subisse pas l’effet de l’anomalie, et qu’elle ne monte pas vers le haut, comme les autres objets posés au sol ? La seule conclusion possible, c’est que Johnson n’a jamais procédé à l’expérience qu’il décrit, et qu’il a trompé ses lecteurs.

Publié dans CROYANCE

Commenter cet article